LA FEMME ET LA FILLE

Je me souviens du moment ou j’ai réalisé que je ne me laisserais pas tomber amoureuse de toi. Il était encore tôt, et tu devais partir travailler. J’étais dans ton lit, nue, et je m’imaginais belle comme les actrices d’un vieux film français. Belle parce que simple et insoignée. J’aurais aimé que tu me regardes, que tu passes ta main dans mes cheveux. J’espérais un coup d’oeil dans lequel j’aurais pu lire que la moi vulnérable tu la trouvais aussi belle que la veille. Mais je n’ai rien vu. Tu m’as dit de rester couchée et tu es parti.

J’ai attendu.

Rien.

J’ai entendu mon coeur battre au rythme de tes pas dans le couloir. Tu as fermé la porte au moment ou une larme touchait ton oreiller.

Il n’y a rien de pire que l’indifférence.

J’ai pensé à ma façon de dormir la bouche ouverte, à mes cheveux qui ne seront jamais blonds. À ma tache de naissance trop visible à la lumière du jour. J’étais pourtant placée de manière à ce que tu ne la voies pas.

Tu m’aimes lorsque je suis calculée. Avec toi je dois rester suffisante, sans jamais être trop. Tu aimes la fille qui se prend au sérieux, qui sait se calculer, se filtrer comme il se doit. Moi, je veux aimer celui qui va me regarder dormir et me trouver aussi belle que Jeanne Moreau.

Je suis là, en chair et en os, avec mes poils indésirables, mes lèvres gercées du matin et mes cheveux indomptables. Je suis vraie. Si tu tends la main, tu pourrais me toucher. Je suis douce, tu sais? Aussi douce que les femmes de ta tête. Mais tu ne le sauras jamais parce que tu vois mais ne remarques pas. Ça, c’est ton drame à toi. Ce sont les défauts qui font tomber amoureux. C’est le moment où la préméditation s’arrête, où tout est transparent. J’ai voulu être à la hauteur de ces mannequins qui ne ressemblent à personne, juste pour te plaire encore plus. Mais ça ne colle pas, je suis trop franche.

Je suis partie sans faire ton lit et n’y suis plus jamais revenue. J’ai eu mal. Mal de me sentir injustement insuffisante.

******

Des mois plus tard, je t’ai croisé au bras d’une autre. J’ai eu l’audace de me trouver plus belle qu’elle. J’ai même ressenti une certaine validation à la vue de ses sourcils mal faits et de ses kilos en trop. Aucun maquillage, un style banal. Je me suis demandé ce que tu lui trouvais. J’ai marché dans la rue en souriant, convaincue que je venais de gagner la bataille.

Et puis la vérité m’a explosé au visage. Je n’ai rien gagné du tout. J’ai envié ta façon de la regarder et j’ai compris. Tu ne m’as jamais demandé d’être parfaite, je me le suis imposé. Tu voulais la femme et je t’ai donné la fille. Si tu ne m’aimais pas le matin, ça n’avait rien à voir avec mes cheveux mêlés. C’est que je me croyais vraie, alors que j’étais fausse.

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