MAIN DANS LA MAIN

first-trailer-for-the-perks-of-being-a-wallflower-watch-now-104468-470-75-copyAccoudée sur le bord de ma porte, je regarde la ville s’endormir devant moi. L’air est vif, juste assez froid, il y a quelque chose qui tient éveillé. ”L’ambiguïté automnale”, pensais-je. Je suis d’humeur introspective, mes yeux cherchent quelque chose dans la nouvelle nuit. En silence, je prends une bouffée d’air et chasse ma déprime. Je ne suis pas seule ce soir, c’est au moins ça de bon.

Il fait un temps propice aux n’importes quoi.

Je n’ai pas envie de finir ma cigarette. Je l’éteins sur le mur de brique et la jette en bas du balcon. Je me sens coupable, j’aurais dû la jeter ailleurs. L’idée d’aller la ramasser me traverse l’esprit. Je hausse les épaules et je rentre. Comme toujours, la conscience écologique, ce sera pour demain.

Je m’ennuie. Je le sais parce que je commence à angoisser pour la vaisselle dans l’évier et pour mes draps de lit qui n’ont pas été changés depuis trop longtemps. J’ai besoin de prendre un risque, de vivre quelque chose de fort, de changer l’ennui de place.

Je me tourne et le vois regarder mes livres dans la bibliothèque.

-Tu fais quoi?

-Je regarde tes livres.

Ça sonne bizarre de regarder des livres. Je me demande s’il m’analyse en ce moment. Qu’est-ce que mes livres lui disent de moi?

J’aimerais bien savoir ce qu’il lit, mais on est rarement chez lui. Chez lui c’est propre, chez moi c’est chaotique. Je m’étonne de l’y voir aussi souvent, j’imagine qu’il y voit quelque chose de chaleureux. Un peu de poussière ça peut faire ça aussi. Du sale, de l’impoli, ça sous-entend un laisser-aller, du confortable. Peut-être que c’est ça qu’il aime chez moi. Ici, il peut être lui-même. Il sait que je ne le trouve pas moins beau sans cravate. Au contraire, j’aime le moment où les masques tombent, c’est toujours là que j’ouvre les yeux.

J’ai envie de prendre un risque, alors je prends sa main et je l’attire près de moi.

Il m’embrasse.

-Non, attends j’vais me laver les dents. Je sens la cigarette.

Il prend mon paquet sur la table, sort une cigarette et la fume.

-Tiens, là on est deux.

Je sais qu’il ne fume pas.

On est si différents, mais nos mains sont pareilles.

Et juste comme ça je n’ai plus peur d’aller me coucher. Juste comme ça je ne m’ennuie plus. Je me dis que mon lit ne sera pas froid et que c’est tout ce qui compte.

On s’endort, main dans la main, nus, dans toute notre imperfection.

Je me dis qu’au-delà du poli, du propre et de la distribution des cartes d’affaires, il y a le vrai. Le moment où tout le monde va se coucher dans un lit qui n’a pas été lavé la veille.

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