COMME AU CINÉMA

Moi qui pars.

Partir pour ne pas revenir.

S’acheter un billet aller sans retour.

Se forcer à l’exil.

Pas pour fuir, simplement par envie de vivre quelque chose de plus fort.

Pleurer au téléphone un soir pluvieux où le monde à l’air à l’envers.

Revenir.

Moi qui pleure encore plus de larmes quand ma crise est passée.

Forcée de constater que je suis trop orgueilleuse pour avouer ma panique éphémère.

Mes émotions sont réelles. Tout le temps. Ok?

Le retour et ses odeurs qui m’étourdissent.

Des souvenirs qui me fond des bleus tellement ils sont douloureux.

Des deuils. Des crisses de deuils. De toute.

Sa peau sur la mienne.

Le sel de la mer.

Ses yeux bleus comme ce n’est pas permis qui m’attendent au fond du lobby d’un hôtel miteux.

Les joies d’être pauvres.

Les choses brutes qui paraissent plus réelles.

Vivre des clichés et se croire original.

Le voir d’un coup, au complet.

Un grand bang dans tout mon corps.

Être émue devant un foutu coucher de soleil.

Se dire au revoir sur le trottoir en attendant un autobus.

Le monde qui a l’air encore plus croche.

Un moment froid, loin de ce que l’on pouvait avoir en dedans.

Moi qui étouffe mes mille beaux mots parce que je n’ai jamais pu les partager à personne.

Parce que ça me fait trop peur de dire ce qui est beau.

Moi dans le bus, les larmes aux yeux pour une ville que j’ai à peine apprivoisée et un garçon à oublier.

Sauf que ça ne se crée pas comme ça l’oubli. Pas pour moi en tout cas. Quand je veux oublier, j’y pense encore plus fort. Ça m’obsède, ça prend toute la place et puis je finis par aimer.

Faut viser l’indifférence pour se protéger, faut pas souhaiter l’oubli.

****

À Montréal dans une fête d’amis d’amis pas rapport.

Du vide. Du crisse de vide.

Pas d’émotions fortes, des gens qui parlent de leurs chiens comme si c’était des enfants.

Le statu quo.

Des mois qui passent.

Moi dans une soirée qui fait du small talk.

Moi qui suis contente d’être là.

Moi qui me sens vraie.

Je pense au garçon aux yeux bleus.

Je souris parce qu’il vient demain.

La vie tranquille qui suit son cours.

Le 9 à 5, le yoga et les soupers végétariens même si j’adore la viande.

Moi heureuse pour pas de raison.

Ma vie qui goute bon.

Le moment du film où tout va bien.

Le calme avant la tempête qui ne viendra plus jamais.

Arriver à l’aéroport.

Me dire qu’il va voir mon univers.

Peut-être qu’on ne s’aimera plus parce qu’on va devenir ordinaire.

Mais on va faire comme si.

On va s’acheter un chien et parler de lui.

J’ai quand même hâte.

On va prendre des photos instagram de notre terrasse décorée sur pinterest.

Je vais organiser la fête de ma meilleure amie.

Je vais faire des pâtisseries.

Je vais oublier ce que ça fait de partir ailleurs. parce que

De toute façon je n’aurai plus le temps de le faire.

Ni envie de le faire.

Je vais être celle qui autrefois partait, mais qui maintenant reste.

Ça va être tiède et tout ça va sentir la lavande.

***

J’ai toujours aimé les fleurs mauves.

Fin.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s