Le Vide.

Je me suis couchée dans l’herbe encore humide de la rosée du matin. J’ai toujours aimé ça la rosée du matin parce qu’elle me donne envie de boire la terre. Étendue de tout mon long, j’espérais ne faire qu’un avec elle par simple désir de me sentir connectée avec quelque chose d’immense.

C’est que j’étouffe. Comme si j’étais toujours à moitié sous l’eau. Je nage à grands coups de bras, mais je n’arrive pas à remonter le courant. Je reste sur place, je recule un peu, je me brûle à petit feu.

Mon étouffement est dans les limbes, dans les gestes qui ne veulent rien dire de plus qu’un moment passé.

Face à une peau sur la mienne qui ne me fait plus rien alors qu’autrefois elle m’aurait brûlée vive. Elle est de la même température que tout le reste. Il me touche, mais c’est comme s’il n’était pas là.

Face au manque d’amour.

Il n’y a rien nulle part, juste le Vide et des fantômes qui me tendent la main.

Je croule sous l’ordinaire. Je m’y perds. J’ai encore oublié qui je suis quand on ne me regarde pas.

L’éclatement s’en vient. Je le sens dans l’air.

Dans le chaos, il y a une énergie ingérable, un laisser-aller obligatoire. Tout est rempli, tout est riche, dense. Tout fait mal ou fait trop de bien. Personne n’a le loisir de faire semblant.

Alors je danse. Je danse pour chasser toute la retenue que j’ai porté aujourd’hui. Mon corps, je le sens au complet, chaque particule qui le forme s’emballe et s’enflamme avec les autres. Je suis fébrile et j’amasse la force de me sortir la tête de l’eau.

Je nage. J’arrive sur la berge et cours sur le sable froid. Encore nue, épuisée, à bout de souffle, à bout de tout, je hurle pour avoir la certitude d’exister encore.

Je me vide.

Puis, je retourne à l’eau. Sereine comme une sirène.

****

Il y avait l’anniversaire de ma soeur. Elle est chanceuse parce qu’elle est née en automne quand les feuilles sont rouges à la campagne. C’est peut-être pour ça que c’est sa couleur préférée. Elle le porte si bien le rouge, il lui donne des yeux vif.

J’étais à table avec ceux que j’aime plus que l’univers, mais c’est comme si je n’y étais pas. Je riais par réflexe et sortais fréquemment pour enchainer des cigarettes seule sur la galerie avec les mains gelées mais pas assez pour me faire arrêter. Quelqu’un est venu me voir pour me demander si j’allais bien.

L’été Indien est fini, que je lui ai répondu.

J’ai replongé mes yeux dans les étoiles

Je ne supporte pas d’être aussi petite.

*****

J’ai froid.

Je me suis mise à l’ombre, sous un arbre, mes jeans sont mouillés, mes cheveux sont devenus sales. C’est dommage de penser qu’à un âge, il était permis de se salir sans culpabilité. Grandir, ça vient avec la responsabilité de rester loin de ce qui est trouble. Mais je me rends compte que j’y suis encore confortable, autant dans cette terre propre que l’on dit sale que dans le tumulte.

Ma mère est venue me trouver. Au lieu de me réprimander, elle s’est couchée dans l’herbe elle aussi. On a fait des anges comme dans la neige en laissant une marque passagère dans la rosée presque disparue.

On est toujours un peu comme nos mères. Elle aussi, elle a dû courir sur le sable froid dans sa tête. Avec les pieds gelés qui font que tu cours plus vite vers une nouvelle version de ton histoire. Je ne sais pas si elle a finit par trouver par contre. En fait, ce n’est peut-être pas quelque chose qui se trouve.

Elle m’a dit une phrase qui expliquait bien ma fuite: ‘’On part pour chercher quelque chose, mais on revient chez soi pour le trouver’’.

Je lui ai donc demandé: Mais c’est où chez moi?

Ton chez-toi n’est pas absolu: c’est la terre en partie ou au complet, comme tu préfères. Mais c’est ton choix à toi et c’est la plus belle chose au monde d’avoir ce pouvoir-là.

Ça m’a soulagée un peu.

J’aurai toujours le choix. 

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