So long, Leonard.

C’est un matin aux airs de fin du monde. Même les arbres ont pris la position des êtres tristes. Ils se déshabillent, se préparent à mourir pour l’hiver, comme chaque année. C’est la douce simplicité du cycle de la vie. Leonard Cohen est mort. Ça donne un coup à l’existence. Son œuvre est encore en vie, me direz-vous. Et c’est vrai, hallelujah. Mais j’anticipe le manque, probablement parce que je le croyais éternel.

C’est moi, ou le monde semble plus gris sans la possibilité d’un nouveau poème?

Ma mère me parlait souvent de la mort de John Lennon, de comment ça avait créé une onde de choc sur la planète. Ils l’avaient même annoncée pendant les cours, à l’intercom. C’est spécial d’annoncer quelque chose qui n’est pas relié à l’école à l’intercom. C’est gros. Elle m’a dit que les gens étaient en larmes. J’ai trouvé son histoire exagérée. Pourquoi on pleure quelqu’un qu’on n’a jamais rencontré ?

Mon John Lennon est mort avant-hier. Eh oui, je pleure. De vraies larmes, comme si je le connaissais.

Leonard Cohen, n’est pas que l’homme. Il est sa poésie lucide, l’humilité, la richesse de la spiritualité, le romantisme avoué. Il est son œuvre, ce qu’il nous a partagé. C’est celui que mon père écoutait tous les soirs, en silence, en fumant sa cigarette sur le bord du poêle à bois. Leonard, c’est mon enfance dans une maison de campagne, emmitouflée dans une douillette avec ma petite sœur, livre en mains et chats à nos pieds, près du même poêle à bois alors que c’est l’hiver dehors. C’est celui qui raconte le mieux les grands amours. Celui qui me donne envie d’être une Marianne, une Suzanne. C’est la soutenable lourdeur de l’être. Celui qui me fait souhaiter toutes ces choses qui ont le pouvoir de nous habiter longtemps.

Il est ce qu’everybody knows.

Alors je pleure l’homme et son symbole.

J’écoute son testament sans arrêt, ce dernier album rempli de mots qui font référence à la mort. Je me dis qu’il ne peut pas avoir écrit tout ça sans savoir qu’elle était si proche. C’est un merveilleux dernier opus.

Je ne le croiserai donc jamais. Moi qui gardais l’œil ouvert pour un vieil homme portant un long manteau noir et un fedora tout près du parc du Portugal, à la frontière de l’est et de l’ouest. Je me demande si Leonard avait fait exprès de poser sa maison à la frontière des deux solitudes. Ça lui va bien d’être entre deux. C’est là où les artistes semblent créer le plus, dans le doute, loin de toute certitude, en plein dans l’ambiguité des choses.

Bon voyage M. Cohen. Ce fut un baume de vous avoir dans ma vie.

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