Sorcières.

Photo: Viens danser sur la lune.

J’aspire à devenir une sorcière. Une femme qui sait. C’est la faute de ma mère et de Clarissa Pinkola Estés.

Un jour, j’ai voulu me déguiser en sorcière à l’Halloween. Je voulais une perruque noire et une extravagante robe violette comme dans le film où elles transforment les enfants en souris. Ma mère m’a fait comprendre que ce n’était pas ça des sorcières, que les vraies, on ne les voyait pas. Qu’on ne les voyait plus en fait.

Il n’y a pas si longtemps, c’était la pleine lune et j’ai croisé une sorcière. Ça m’a fait tout drôle parce que j’avais l’impression de déjà la connaître. Comme si elle était moi, comme si j’étais elle. Elle avait les cheveux courts et des rides bien placés qui font que son visage est expressif même quand il est neutre.

Nous étions en train de partager un moment qui ne veut rien dire, un moment de type ascenseur. Elle s’est mise à me parler de la lune parce que j’avais l’air triste : «Si vous sentez l’angoisse sans raison apparente, c’est que vous devez vous reconnecter avec la terre, mais en passant par la lune. On prend la lune pour acquis, mais on ne devrait pas. Ce soir, elle sera pleine, regardez-la, ça va vous réparer.»

Les sorcières apparaissent toujours au moment propice pour nous apprendre quelque chose. Que ma mère disait.

Ce genre de discours ésotérique ne sied pas à tout le monde. C’est trop facile de blâmer la lune. Mais cette femme, avait l’air vraie. Alors ce soir-là, j’ai levé les yeux vers les étoiles. Ça peu paraitre anodin, mais il y a longtemps que je n’avais pas pris le temps de les regarder.

J’ai l’impression de jamais n’avoir autant parlé de ce que c’est que d’être une femme. À voix haute je veux dire, comme s’il fallait soudainement donner une définition à quelque chose qui ne devrait pas s’expliquer. C’est puissant d’être femme, si puissant que l’on peut faire peur parfois.

Le plus naturellement du monde, les femmes apprennent à vivre intensément, à se comprendre entres elles, à se lire. Les sorcières, elles symbolisent toutes ces femmes qui ont acquis une sagesse à caractère magique au cours de leur existence, les vieilles âmes. Les femmes quisavent ont appris à se connaître profondément pour pouvoir s’oublier ensuite et se concentrer sur toutes les complexités de la vie qui existent en dehors de nous. C’est tout un pouvoir que d’avoir la capacité de s’oublier.

Elles ont été chassées les sorcières. Parce que les autres humains en ont eu peur. Parce qu’elles en savaient trop.

Simplement dit, dans ma tête il y a la nature ou la vie, l’amour et la mort. Trois choses trop grandes pour moi. De gigantesques mots qui veulent en dire trop. Les sorcières sont celles qui comprennent ces trois choses plus que les autres. Elles existent pour nous aider à voir les signes, à comprendre tout ça avec plus de lucidité. Ainsi, on se connecte avec notre nature sauvage, notre intuition véritable. On a tous besoins d’elles parce que cette intuition brute, on l’a égarée, perdue, quelque part dans tout ce bruit, tout ce chaos.

Elles me fascinent les femmes sages. Je les imagine comme des humaines maitrisées. Des femmes qui savent aimer, mais n’ont pas besoin d’amour. Certes, elles en ont eu des amours, de nombreux, des très forts et de toutes sortes. Des amours doux comme des amours qui fracassent. Des amours qui laissent des marquent profondes qui ne guériront jamais mais qui ne font pas souffrir non plus. Les sorcières savent qu’on ne peut pas souffrir d’avoir aimé, qu’on ne peut que souffrir de ne pas avoir aimé.

J’ignore pourquoi, mais je les ai toujours imaginées seules, solitaires, éternellement en mouvement, mais sans être nomades. Une mouvance qui s’opère de l’intérieur et qui se voit seulement lorsque l’on sait regarder comme il le faut.

Il y la mort aussi, les sorcières n’y font pas exception. Comprendre la vie, c’est inévitablement comprendre la mort, les deux vont de paire. Ma mère me l’a dit, les sorcières ne sont pas immortelles aussi puissantes soient-elles. Mais elles n’ont pas peur de la mort, en partie parce qu’elles ne pensent pas à laisser une marque dans l’univers. On s’imagine que tout doit être grandiose, qu’une vie doit être marquante, mais peut-être que la vie est faite pour être toute petite.

C’est pour ça que j’aime regarder la lune, pour me rappeler que l’existence est aussi immense que minuscule, que le temps n’est qu’une mesure et que toute noirceur finit par passer.

La lune m’affecte encore, ça me rassure.

 

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