Bout du monde (Boom).

Dans les rues de Madrid, il fait toujours chaud. C’est à cause de murs plus hauts et des rues plus étroites. Ils gardent la chaleur parce qu’ils ont peur du froid. On a beaucoup en commun les murs et moi.

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BANG.

Je suis à Montréal.

Je regarde mon café et j’ai envie de me baigner dedans. Je me demande si on flotte moins bien dans la caféine. Peut-être que ça me ferait nager plus vite. Good bye la cellulite.

Je m’ennuie d’être ailleurs. Rien ne me tente malgré le nouveau soleil qui plombe sur ma terrasse, malgré mes amis qui festoient dans des parcs. La vie est belle, tiède, mais elle ne me suffit pas.

Boom. Je suis ailleurs.

Dans les rues de Madrid, il fait toujours chaud. C’est à cause de murs plus hauts et des rues plus étroites. Ils gardent la chaleur parce qu’ils ont peur du froid. On a beaucoup en commun les murs et moi.

J’ai envie d’être quelqu’un d’autre. Ne serait-ce qu’une autre version de moi. La version folle de préférence. Celle qui sonne chez son amant à 3h du matin, les talons hauts dans ses mains, nue pied avec de grands trous dans ses bas collants.

Les yeux perdus dans mon verre de vin d’il y a vingt minutes et un sourire de fille heureuse d’être là, je lui dis « hey » quand il ouvre la porte à moitié nu. Il n’est pas trop convaincu de ce qui se passe. Je lui saute dans les bras et lui donne un baiser sur le front. Il a le front tout chaud comme s’il venait de faire une sieste au soleil. Mais il fait nuit. C’est juste son corps qui est fait comme ça.

Non. Ma vie ne ressemble plus à ça. Je me suis fait prendre dans le piège du 9 à 5 et des soirées dans les restaus branchés overpriced nightlifemagazinestyle. Je fais partie de ceux qui flambent les dollars dans des trucs éphémères comme des tartares de truites arc-en-ciel et des sandwichs d’effilochés de porc semi-sucré-pas-salé.

Ça mérite presqu’un hashtag.

Boom. Je suis ailleurs.

Je suis dans ma maison sur le bord de la plage et je me fais réveiller par le bruit des vagues. Oui, ça existe. Ce n’est pas juste dans les films, les réveils comme ça. J’ai la peau sèche à cause du sel de mer de la veille. Mes cheveux frisent même s’ils sont toujours raides. Ma peau est chaude comme la sienne, comme les murs de Madrid.

Bang. Je reviens à Montréal.

Je suis dans un 5@7 et je fais à semblant d’être intéressée par les potins presque glamour d’une fille plus 2.0 que moi. Une chance que j’ai appris à sourire au bon moment parce que je ne m’intéresse aucunement à ce qu’elle me raconte. Elle tient le discours du vide et ça m’épuise.

Je paie 12$ pour mon verre de vin.

Le serveur a l’a rempli à moitié comme on fait dans les restaus chics.

Boom. Je suis ailleurs.

Je marche toute seule dans les rues d’une ville que je ne connais pas. J’ai fui mon auberge de jeunesse en regrettant amèrement de ne pas avoir opté pour du couchsurfing. Il y avait plein de petits enfants qui en étaient à leur premier voyage payé par maman et papa. Ce n’est juste pas normal d’avoir de la place pour trois paires de talons hauts dans tes bagages quand tu voyages en sac à dos. Mais l’Europe, ce n’est pas l’Amérique du Sud. En Europe il faut être beau tout le temps comme une annonce de Zara.

Fuck. J’en ai marre de l’Europe.

Boom. Je suis ailleurs.

Je bois du maté dans un parc où il y a plein de tam-tams pour faire une bande sonore à ma vie. Je suis avec un nouvel ami qui me trouve jolie. Je le sais parce que ses yeux n’arrêtent pas de me le dire. Je suis une femme libre aujourd’hui et ça me rend toujours belle la liberté.

Bang. Je suis à Montréal.

La fille 2.0 me tire de ma rêverie en voulant me présenter à un garçon bien à la mode. J’ai cru comprendre qu’il avait démarré sa propre entreprise qui fabrique des images ou quelque chose d’autre de très en vogue.

Il passe 5 minutes à faire du name dropping de gens connus qu’il connaît.

Je suis à Montréal.

J’étouffe.

Tout le monde est là, mais je suis seule.

Il n’y a rien nulle part, juste du vide et des fantômes qui me tendent la main.

Ça me donne envie d’hurler juste pour être sûre que j’existe encore.

J’étouffe.

Tout le monde est là, mais je suis seule. Il n’y a rien nulle part, juste du vide et des fantômes qui me tendent la main. Ça me donne envie d’hurler juste pour être sûre que j’existe encore.

Boom.

Je m’évade.

Je suis au beau milieu du désert. Il y a seulement moi, le sable d’un côté et la mer de l’autre. Je me sens belle, parce que je me sens libre.

#boutdumonde

Bang. Je suis à Montréal.

Je veux être bien ici. Je veux arrêter d’envier cet ostie d’ailleurs.

L’homme de ma vie me dit que ce n’est pas parce que les gens n’ont pas envie d’être ailleurs et qu’ils sont contents d’être ici qu’ils ne sont pas intéressants. Que ce qu’on ne connait pas ne nous fait pas mal. Je n’étais pas d’accord avec lui. C’est justement ce que je ne connais pas qui me fait le plus mal.

Il est smart mon amoureux. Mais il dit ça parce qu’il a peur que je m’envole loin et qu’il ne puisse plus me rattraper.

On dirait que c’est impossible d’être satisfaite ici. Je le sais que le monde est grand. J’ai envie de jouer, de voler, de m’éparpiller. Je veux me sentir entière même si j’suis en mille morceaux.

Je lui ai dit que ça devait être dur d’être avec quelqu’un comme moi.

Il m’a répondu qu’il fallait juste que j’apprenne à vivre les choses une à la fois.

Câlisse. C’est vrai que c’est simple.

Je ne sais pas qui m’a mis ça dans la tête, qu’il faut faire une seule chose dans notre vie. Je ne sais pas c’est qui m’a demandé de choisir qui j’allais être pour toujours. Je ne sais pas c’est qui qui m’a demandé d’être nomade ou sédentaire. Je ne sais pas c’est qui qui appose ces d’étiquettes là. Je ne sais pas!

Mais cette personne là, n’a rien compris.

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